Damien Van Achter et sa Da-Van-Ac Mobile

Damien Van Achter est professeur de journalisme à l’IHECS de Bruxelles. En 2013, il se lance dans l’aventure du journalisme mobile en achetant un van Mercedes, dans lequel il va sillonner les routes de France et Belgique avec son équipe, pour réaliser des reportages. Raconter des histoires. Entre deux voyages, il a accepté de répondre à mes questions. Allons faire un petit tour dans la Da-Van-Ac Mobile.

Vous avez acheté un van en 2013 afin de partir faire des reportages tout en mobilité. Comment avez-vous eu cette idée et pourquoi ?

« C’est un véhicule que j’ai construit avec l’aide de pas mal de personnes. L’idée était de mettre en place tout un dispositif afin que ce van soit totalement autonome. C’était ça l’ambition de base: créer un environnement propice afin de retourner sur le terrain et réussir justement à allier terrain numérique et terrain physique. Là, on embarque sur le terrain avec tout les atouts numériques comme le story-telling, la mise en réseau… Donc j’ai construit ce véhicule pour pouvoir partir sur des sujets qui m’intéressent moi, mais aussi pour faire de l’information. »

Comment ça se passe concrètement sur le terrain ? Comment travaillez-vous au quotidien ?

« Ça dépend vraiment car chaque mission est différente, chaque projet est différent. Je fais des missions de formation, soit avec des étudiants, soit avec des journalistes de terrain qui sont en formation continue. Je mène aussi des missions sur des projets qui ne sont pas forcément journalistiques, qui sont plus de l’ordre du storytelling. Je travaille même avec une agence de communication, avec qui j’ai réalisé  la route des vins d’Alsace par exemple. J’essaie de ne pas avoir comme client direct les marques, parce que je veux faire en sorte que les personnes qui viennent dans mon véhicule puissent conserver une liberté de parole et d’action. Je travaille avec des gens qui ont compris l’intérêt de pouvoir être le plus vrai possible dans la démarche. C’est ça qui est intéressant. Après voilà, on peut appeler ça du journalisme dans pas mal de circonstances, c’est ce que je fais avec mes étudiants à Bruxelles, on part faire des reportages en décidant le matin même sur quoi on va travailler et on se laisse aussi guider par les rencontres qu’on peut faire en ligne et hors ligne. Puis on prépare notre reportage qui dure généralement quatre jours. On ne sait même pas où on va dormir le soir-même ! »

davanac mobile

L’idée de proximité avec les gens vous a-t-elle poussé aussi à faire cette expérience ?

« Bien sur ! L’intention de départ, c’était vraiment de retourner sur le terrain. Ça fait 15 ans que je travaille en ligne, et j’avais vraiment envie de pouvoir aller me poser de nouveau sur la place des villages, aller à la rencontre des gens. Mais avec le numérique comme outil en plus.  Comme atout supplémentaire pour produire des contenus, raconter des histoires, apporter du sens. »

Quel matériel avez-vous ? Des iPad, iPhone, ou pas du tout ?

« Il y a effectivement une panoplie d’outils du genre iPad, iPhone, monopode, Google Glass… Et une série d’applications aussi pour tourner, monter etc… Nous avons aussi un drone, que je n’ai pas encore utilisé en production, parce que je suis toujours en train d’apprendre à l’utiliser (rires). Mais c’est un drone qui a été conçu spécialement pour être utilisé à deux : un pilote et une personne chargée des images, qui a donc sa propre télécommande. Il y aussi tout un dispositif que j’ai développé avec mon équipe, qui est celui des cartes, pour nous suivre en temps réel et nous permettent également de disposer nos contenus en ligne : c’est une sorte de mix entre storify et storymap, avec un avantage en plus : ce logiciel conserve très précisément les datas. »

Quels avantages et inconvénients voyez-vous à travailler comme vous le faites ?

« J’ai une très grande liberté, une autonomie quasi totale. C’est le principal avantage. On a du wifi, de l’électricité, s’il faut on peut même emmener de quoi dormir, puisque je peux tirer une caravane derrière mon véhicule  – je ne le fais pas encore car on trouve toujours où dormir, dans une auberge ou autre, mais c’est possible -. On peut travailler en roulant, produire en mobilité,  diffuser en mobilité.. Ça fait partie des vrais avantages de la formule. Quand on monte à bord, on vit une vraie expérience. Je suis un artisan. Mon job ce n’est pas de conduire une voiture ! Par contre, de faire vivre une expérience aux gens, de les faire embarquer dans une aventure qu’ils ont choisi de vivre, en dessinant la mission ensemble etc… c’est très très riche.

Dans les inconvénients – mais qui, en même temps ne le sont pas vraiment -, c’est que chaque fois que je pars, c’est un modèle économique que je dois trouver. Il faut construire un vrai projet autour de chaque mission. Je ne roule pas à l’eau (rires) ! C’est aussi très très engageant. On peut dire que c’est très fatiguant, crevant. Mais j’aime ça. »

davanac

Pensez-vous que le journalisme mobile est l’avenir du journalisme ?

« C’est difficile de répondre à cette question… Le mobile est l’avenir de la consommation et d’une partie de la production de l’information, ça c’est sûr et certain. Evidemment, en terme d’usages, le mobile, ou en tout cas l’informatique en particulier, semble être l’avenir du métier, du moins dans les 5-10 années qui viennent oui. Après je ne sais pas, peut-être que l’informatique va disparaître et s’intégrer à nos corps qui sait ?! (rires) Franchement, je n’ai pas la prétention de savoir ce qu’est l’avenir du journalisme, j’essaie juste, à mon échelle, de faire les expériences que je trouve les plus excitantes possibles et d’en tirer un maximum d’enseignement pour en faire profiter d’autres, que ce soit pour les faire monter en puissance et en connaissances sur des outils ou des usages ou bien pour aller vivre de belles expériences à la rencontre des gens et faire de beaux reportages. »

Aller plus loin : 
Retrouvez sur son site ses retours d’expériences et de formation en mobilité.
» Twitter

Posted by Sophie Wiessler

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