Les alertes push font-elles l’objet de stratégies éditoriales ?

Avec l’essor de la consommation en mobilité, la question des alertes push est inévitable. Quel rôle jouent ces petites alertes qui s’affichent temporairement sur votre téléphone ? Les rédactions ont-elles conscience de leur importance ? Font-elles réellement l’objet de stratégies éditoriales ? Ce sont toutes ces questions que Nathalie Pignard-Cheynel et Arnaud Mercier se sont posées pour réaliser leur étude sur le fonctionnement de ces fameuses alertes push dans les rédactions.

Apparues dans les années 2000, les alertes push font aujourd’hui partie du quotidien de beaucoup de Français. En effet, ils sont de plus en plus nombreux à s’informer via leur smartphone, transformé en une sorte de troisième main : on le consulte en moyenne 150 fois par jour. Le trafic mobile représente pas moins de 40% de la navigation Internet. Une part importante que les médias doivent aujourd’hui prendre en compte.

Nathalie Pignard-Cheynel et Arnaud Mercier sont tout deux co-directeurs du master Journalisme et Médias Numériques de Metz. Ils ont réalisé durant un mois une étude sur les alertes push émises par 23 médias via leur application mobile.

alerte push

Ainsi, du 6 mai au 5 juin 2014, ils ont reçu et analysé 2339 alertes de ces différents médias. Un chiffre considérable qui leur a permis de confirmer si oui ou non les médias avaient une vision très claire de ce qu’ils peuvent faire avec ces alertes. A noter que 3 catégories de médias se dessinaient déjà à la base :

  • les médias où le trafic sur le mobile est supérieur au trafic sur le web
  • les médias où le trafic mobile atteint plus de la moitié du trafic sur les sites web
  • les autres médias, qui, faute d’applications ou de sites optimisés sont en dessous des 5o

Les principaux résultats

C’est BFM TV qui remporte la palme du plus gros émetteur d’alertes push, devançant largement le bon dernier, à savoir le Courrier International et son unique alerte mensuelle. Ce sont par ailleurs les rubriques internationales et sport qui prédominent dans ce classement. Les faits divers et de guerre sont ainsi omniprésents.

1/4 des alertes sont lancées entre 18h et 21h. Mais les tranches horaires allant de 12h à 13h et tôt le matin sont également à prendre en compte. Une similitude peut être établie ici avec les tablettes : comme le souligne cet article, les lecteurs sur tablette le font généralement le soir, entre 19h et 22h ou tôt le matin, aux alentours de 7h.

Au terme de cette étude, Nathalie Pignard-Cheynel et Arnaud Mercier ont recensés 4 types d’alertes.

  1. L’alerte dites « auto-promotionnelle », c’est-à-dire lancée pour générer du trafic sur le site.
  2. La « breaking news », la plus connue, reprenant les alertes AFP
  3. L’alerte synthétisant les informations de la journée
  4. L’alerte baptisée « mobi-live » par nos deux chercheurs, couvrant donc un événement par étapes, en plusieurs messages d’alertes. Cette forme-ci d’alerte est beaucoup plus rare mais tend à se faire dans les rédactions.

Christophe Josset, front-page editor au journal L’Express m’a par ailleurs confié que le journal « pushait » pour chaque contenu publié. Mais sous quatre conditions : la rapidité, la clarté de l’information, son importance et en utilisant des mots-clés différents du contenu proposé à l’utilisateur. A noter que le plus souvent, ce journal lance des « breakings news ».

L’étude menée par Nathalie Pignard-Cheynel et Arnaud Mercier a mis en avant le fait que certains médias ne savent pas comment gérer leur alerte push. Envois tardifs, aucun lien disponible ou encore contenu incompréhensible, ce sont beaucoup de défauts qui transparaissent ici. « Nous ne sommes qu’aux balbutiements » souligne Arnaud Mercier. Les usages ne sont pas clairs : les médias ne savent pas pour l’instant manipuler ces alertes correctement et ne les prennent pas en compte dans leur stratégie éditoriale

Une bien grande erreur au vu des chiffres de la consommation mobile qui ne cessent d’augmenter ces derniers-mois. Ceux qui cliquent sur les alertes push représentent jusqu’à 30% des pages vues sur une application. Les rédactions vont donc devoir rapidement réfléchir de manière plus stratégique et intensive de ce qu’elles vont faire de ces alertes.

Retrouvez l’intégralité de cette étude sur le site de l’Observatoire du Journalisme.

Posted by Sophie Wiessler

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