Les éditions du soir, un nouveau marché pour la presse

Par – Leïla Marchand

Les lecteurs prennent l’habitude de lire sur leur tablette le soir. Pour capter cette nouvelle audience, les journaux sont nombreux à lancer des éditions du soir.

Les lecteurs n’achètent plus autant de journaux papiers et ne sont pas prêts non plus à payer pour de l’info en ligne. Face à ce casse-tête, la presse se tourne vers un autre support : les tablettes. Plus d’un tiers des foyers français en sont déjà équipés. Les tablettes devenant de plus en plus accessibles, les utilisateurs devraient être de plus en plus nombreux.
Bonne nouvelle pour la presse : la lecture des journaux via ce média a beaucoup de succès. Selon une étude portant sur 2012 et 2013, « 23,1 millions de Français (45 %) lisent au moins un titre de presse en version numérique, au minimum une fois par mois ». Soit une augmentation de 14% depuis la dernière étude.

On tapote, on scroll, on tourne les pages du bout du doigt, on passe du temps à lire sa tablette en rentrant du boulot ou au lit… Ce sont les habitudes de ces lecteurs qui dictent aux journaux quels contenus ils doivent “tablettiser”. Qu’a-t-on envie de lire le soir, du bout des doigts, au calme ? Pas les infos que l’on a déjà vues sur le site. Ni celles trop pénibles.

Les éditions du soir, c’est exactement ça. La réponse des journaux à cette nouvelle demande des lecteurs. Et les titres sont nombreux à tenter l’expérience :

première photo article leila

Lecture zen et retour au payant

Qu’ont-ils en commun ? Les titres profitent de ce journal décalé pour souffler un peu, comme leur public, et se faire plaisir avec de longs reportages, de belles photos, des décryptages… Bref, une vraie qualité éditoriale.

C’est un produit fini extrêmement hiérarchisé, avec une sélection de l’info que j’appelle « la crème du capuccino ». Il répond à une fonction qui consiste à offrir des contenus qui s’apparentent davantage à du slow journalisme, avec une durée de vie plus longue et donc plus rares” –Philippe Laloux, Directeur des nouveaux médias du Soir

Même son de cloche à Sud-Ouest où on propose un “tour d’horizon des faits les plus marquants décryptés par la rédaction”, un “confort de lecture optimisé” et une “large place à la photo”.

Les sites font un effort pour penser un produit fait pour les tablettes, pas un simple feuilleteur PDF, comme le précise Le Soir : “Il fallait une double rupture, par rapport au web et par rapport au papier et penser directement tablette. Les principes de navigation sont également très simples, on tape et on swipe, point-bar”. El Mundo vante sa formule avec une “maquette exceptionnelle, une facilité de navigation entre les articles grâce au scroll et la possibilité d’enregistrer ou de tweeter le contenu”.

Les contenus interactifs sont aussi mis en avant, comme chez De Standaard qui propose des “modèles très visuels, combinant textes, images, audio et vidéo”.

Si les formules varient un peu selon les médias, il y a un point où tout le monde s’entend : le prix. Les journaux papier ont la désagréable impression de s’être laissé dépasser par la déferlente internet, où tous leurs contenus sont désormais disponibles gratuitement sans possibilité de faire marche arrière. “Nous ne croyons pas au payant sur internet”, confirme Edouard Reis Carona de Ouest-France. En revanche sur tablette, service fermé et de qualité, la presse espère bien y trouver son compte. “Les lecteurs qui s’étaient habitués à la (fausse) gratuité devront réapprendre à financer des contenus de qualité. La presse anglo-saxonne a trouvé la formule qui résume bien les choses : “Il ne s’agit pas d’ériger un paywall (un mur payant) mais un paywill”. C’est-à-dire de susciter l’envie de payer pour profiter d’un travail journalistique de qualité”, résume Le Soir.

Le journal sur tablette remplacera-t-il le papier ?

Tous les titres ont désormais leur application dédiée sur tablette, et les éditions en sont la consécration, le produit fini pensé expressément pour ce support. Un nouveau marché s’est ouvert, et les journaux s’y engouffrent.

Mais ce modèle est-il le bon ? Correspond-il à tous les journaux papiers ? Certains, comme Le Monde, ont hésité plusieurs mois à se lancer, avant d’abandonner le projet, qui était inutile, Le Monde étant déjà un journal du soir. D’autres comme Rue89 ont mis en route une formule du soir (Rue89 Week-end)… Qui a dû fermer boutique un an après, faute d’audience.

Les éditions du soir ne sont sans doute pas le modèle qui sauvera la presse écrite, mais elles sont en tout cas une belle tentative d’innovation et de bascule sur les tablettes. Comme le raconte Edouard Reis Carona : “On savait que l’on allait pas trouver la solution qui allait sauver l’entreprise ou faire des bénéfices incroyables : c’est impossible. Sur le web, il faut sans cesse réfléchir, inventer autre chose. C’est un espace trop mouvant. La pire des choses, c’est justement de se dire : ça y est, j’ai trouvé”.

> A lire aussi : entretien avec Edouard Reis-Carona, chef des Editions du soir de Ouest-France

Posted by Sophie Wiessler

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *