MojoCon de Dublin: “On n’est qu’au début du journalisme mobile”

Par – Flavien Plouzennec

Pour Glen Mulcahy, organisateur de la MoJoCon de Dublin – 27 et 28 mars 2015 -, le  journalisme mobile n’en est encore qu’à ses prémices.

Rechargez vos batteries… Dublin accueillera fin mars sa première “MojoCon”, conférence internationale sur le journalisme mobile. Pendant deux jours, plusieurs centaines de “mojos” (“mo” comme mobile et “jos” comme journalistes) entendront des experts causer formats, production et diffusion. Ils pourront aussi discuter du dernier tripod pour iPhone, s’en payer un – 26 fabricants de logiciels et d’accessoires sont attendus – et le tester dans l’un des nombreux workshops.

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Le Convention Center de Dublin et le siège de RTE accueilleront les participants de la MoJoCon les 27 et 28 mars. (Capture d’écran du site mojocon.rte.ie)

L’instigateur de ce rendez-vous est Glen Mulcahy, directeur de l’innovation à RTE et infatigable promoteur du journalisme sur smartphone, tablette ou lunettes. Si l’on osait – mais cela nous rendrait reconnaissables – on dirait qu’après une demi-décennie de pratique intensive, le journaliste de la télé publique irlandaise n’a rien perdu de son “mojo”.

L’oeil pétillant, prêt à s’enflammer sur la toute dernière technologie (la vidéo à 360° agite en ce moment son cortex), Glen Mulcahy parle du développement exponentiel du journalisme mobile et de l’intérêt pour les médias de se doter d’une stratégie cohérente. Il parle aussi de matériel, d’applis et de la nouvelle fonction vidéo de Twitter. Il parle surtout d’histoires et de nouvelles façons de les raconter. “Ce n’est pas l’outil mais l’utilisateur qui fait l’oeuvre”, rappelle le mojo irlandais.

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Glen Mulcahy, directeur de l’innovation à RTE et organisateur de la MojoCon.

Comment est née l’idée de la MojoCon ?

Ces dernières années, j’ai participé à de nombreuses conférences sur le journalisme et les nouvelles technologies. J’ai été frappé par l’absence d’approche globale sur la création mobile. Des journalistes continuent d’expérimenter dans leur coin sans que leur média ne mette en place de stratégie cohérente en matière de formation, de production ou de standards de diffusion.  La “MojoCon” essaie d’en tirer les conclusions dans son organisation en alternant conférences, exposition et ateliers.

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Le journalisme mobile a une image parfois négative dans les rédactions. On l’associe à l’amateurisme ou à un journalisme bon marché, multi-tâches et finalement bâclé…
Ça rejoint ce que je dis sur la stratégie. C’est vous qui décidez à quelle hauteur placer la barre. Dans le cas de RTE, elle est de diffuser des images sans que le spectateur ne se rende compte qu’elles ont été captées, voire montées, avec un téléphone portable. Regardez le travail de notre journaliste Philip Bromwell ou encore des projets comme Tangerine, sélectionné au Sundance Festival.  Les participants du MoJoCon pourront aussi discuter avec le réalisateur de “And Uneasy Lies The Mind”, une fiction entièrement tournée à l’iPhone. L’exigence de qualité peut-être différente pour des contenus utilisateurs (UGC) ou des images dont la rareté justifie la diffusion. Mais je parle ici de contenus professionnels. Et là, ce n’est pas l’outil qui fait la différence, ce sont bien le propos et les talents de l’auteur.

Baisser les coûts n’est-elle pas, pour les médias, le principal intérêt du journalisme mobile ?
Oui mais la baisse des coûts s’accompagne de nouvelles possibilités. Prenez une chaîne qui a de l’argent comme Al Jazeera. Ses reporters vont utiliser des iPhones pour filmer plus facilement – et discrètement – au cœur de manifestations.  Autre exemple, le journalisme mobile colle parfaitement à l’information hyperlocale. Il permet de s’adresser aux communautés et de les inviter dans le processus de production. De nombreux médias TV et radio en Europe s’y sont essayés mais ont été souvent freinés par le prix et la complexité des caméras et des logiciels de montage.

Meilleurs appareils, meilleures applis, meilleures pratiques…  Le vidéaste Mark Egan note à propos de la MojoCon que le journalisme mobile est arrivé à maturité. Vous êtes d’accord ?
Pas tout à fait. Je dirais même que nous ne sommes qu’au début de la “disruption” (ndlr, perturbation et remise en cause des pratiques) en matière de journalisme mobile et les smartphones n’en sont qu’un aspect. L’iPhone a été lancé il y a 8 ans. Il y a eu une accélération après l’iPhone5 et l’année 2014 a été marquée par une très forte innovation. Pourtant, on ne peut pas parler de “maturité”. Plusieurs contraintes empêchent le journalisme mobile de se généraliser.  Elles sont liées à l’autonomie des batteries, à la capacité de stockage, à la solidité des appareils, à la qualité des objectifs,  à l’absence de standards technologiques, etc. On ne compte plus les accessoires et les solutions de contournements. Mais tout ça complique le processus. Inutilement, à mon avis.

L’iPhone est-il toujours au dessus ?
Oui, c’est indéniable. Mais s’est surtout dû à la variété des applications proposées sur l’Apple Store. Vous pouvez trouver des fonctionnalités comparables sur des téléphones tournant sous Android ou Windows mais le catalogue applicatif est loin d’être aussi complet.

> Les applis pour iPhone de Glen Mulcahy
Passez la souris sur les icônes pour afficher les détails...

A quoi ressemble aujourd’hui le sac à dos d’un “mojo” ?

A RTE, on essaie de mettre à jour une liste d’équipements pour nos reporters. Mais le “kit idéal” dépend de votre budget, de vos capacités et de ce que vous (ou le média qui vous emploie) avez envie de faire.

>Le kit “budget” de Glen Mulcahy
Passez la souris sur les icônes pour afficher les détails...

Que pensez-vous de la nouvelle fonction vidéo sur Twitter, qui permet d’éditer 30 secondes d’images puis de les partager sur sa timeline?
Twitter est une plateforme en temps réel.  Avec une API autorisant le streaming vidéo, la capacité des journalistes à partager des images en live avec leur audience va augmenter considérablement.  La vidéo en temps réel est l’une des choses que je vois le plus se développer dans le futur.  Téléphones mobiles mais aussi GoPro et appareils photos numériques ont déjà, ou auront bientôt, une connexion en temps réel (directement ou via des accessoires).  Comment tout ce contenu “live” potentiel sera consommé?  Probablement sur mobile et via les réseaux sociaux. On parlera aussi de ça lors de la MojoCon.

MojoCon
Les 27 et 28 mars 2015 à Dublin
www.mojocon.rte.ie
@MojoConILR

Pour suivre Flavien Plouzennec : Twitter / son site

Posted by Sophie Wiessler

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