Ouest-France : « A 18 heures, appuyer sur la détente ! »

Par – Leïla Marchand

La lecture de la presse sur mobile et tablette connaît un succès grandissant. Quelle offre proposer sur ces nouveaux supports ? Plusieurs titres, en France et à l’étranger, se lancent dans les éditions du soir. Un journal 100% numérique, à lire en rentrant chez soi.

Entretien avec Édouard Reis Carona, rédacteur en chef de l’ « édition du soir » (EDS) lancée par Ouest-France, pionnier du genre en France.

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Quelle est la force de l’EDS ?

“Notre slogan c’est : à 18 h, appuyez sur la détente ! On est à un moment de la journée où les gens n’ont pas envie de s’embêter avec du “hard news” ou des infos rabâchées toute la journée. Notre force, ce sont les angles. On essaie toujours d’angler un sujet sous un angle original, moins traité par les autres titres. On veut aussi montrer que dans la lourdeur de l’info, il peut y avoir des respirations : dans un même dossier on peut avoir un papier sérieux, soigné sur Simone Veil, puis un sujet typiquement web sur les gadgets qui apparaissent en cuisine, et à côté une partie jeu où il faut trouver les sept différences entre deux photos d’actualité.”

Qu’avez-vous appris des usages des lecteurs ?

“Au départ, l’EDS était un projet 100% tablette. On s’est aperçu que ce marché n’est pas suffisamment mature en termes d’équipement. Sur nos 500 000 abonnés papier, à qui l’édition du soir est offerte, 90% n’avaient pas de tablette. On a mis en place une phase transitoire : le 100% digital. La version web sous forme de feuilleteur est sorti en juin et la version smartphone fin septembre.

Le temps de lecture est aussi très intéressant pour nous. Sur tablette, un lecteur assidu vient pour trois sessions : une fois le soir, vers 18h, quand il la télécharge. Puis il la reprend plus tard, avant de s’endormir. Et parfois il la reprend le lendemain matin. Chaque session représente 8 minutes 30 de lecture. Sur un environnement numérique, où le temps de passage classique est de 2 minute 30, c’est énorme !

Le gros de notre clientèle aujourd’hui, ce sont à 70 % des gens qui connaissent la marque Ouest France. Mais ce qui est intéressant, ce sont les 30% hors zone. Ça veut dire que l’on est allé chercher des nouveaux clients. C’est la force du marché numérique : il n’a pas de frontière.

A chaque fin d’édition, on propose aussi aux lecteurs de nous donner leur avis sur nos choix éditoriaux. Grâce à ça, on a créé une petite communauté. Une dizaine de personnes nous écrivent tous les jours et on leur répond par mail direct dès le lendemain. On ne suit pas tous les commentaires, mais on observe des tendances. Un moment par exemple, on écrivait beaucoup sur l’Ukraine, avec des reportages décalés de correspondants là-bas. Les lecteurs nous ont dit qu’ils en avaient marre d’entendre parler de ça… Alors on a levé le pied. Toutes ces données nous permettent d’adapter le contenu en fonction des lecteurs”

Comment s’est passé le lancement en interne ?

« Ouest France, c’est 70 ans d’histoire, une organisation par services, très jacobine, avec un siège et des départements décentralisés. Ça a été difficile de lancer un produit transversal. Aujourd’hui, les journalistes se sont aperçus que ça leur faisait un terrain de jeu supplémentaire dans un espace qui devenait de plus en plus contraint (Pas de place pour les reportages dans le journal…). On peut leur passer des commandes ou ils peuvent nous proposer des sujets.
Actuellement, l’édition travaille avec une rédaction de sept journalistes et de 240 correspondants dans le monde : j’en ai installé 50 de plus que le journal papier. Si on veut un sujet au Japon ou aux Etats-Unis, on est capable de l’avoir dans la journée. On crée aussi de l’image. Les vidéos sur le site sont du contenu exclusif, réalisé par des agences qui travaillent pour nous. Enfin dans la newsroom que l’on est en train de créer à Ouest France, on disposera d’un studio pour créer des show case. »

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Quelle est votre stratégie de développement ?

“Pour le moment, on n’a pas encore gagné d’argent mais on est à l’équilibre. Le fonds pour l’innovation numérique de Google a versé 1,4 millions au journal. On en a affecté 80 % à l’édition du soir, ce qui nous permet de travailler un an gratuitement. La plus grosse dépense, c’est le développement techno, pas les salaires des journalistes. L’effectif a été pris sur la rédaction, sauf pour 2 CDD. On a aussi deux webdesigners qui sont des contractaires extérieurs : ce sont des métiers qu’on n’avait pas chez nous.
Pour le moment il n’y a pas de la publicité. Parce que pour avoir de la publicité, il faut d’abord construire une audience. Avec 30 000 lecteurs par soir, on remarque qu’il y a un vrai appétit et on commence à être sollicités par des annonceurs nationaux.
Maintenant que tous les supports web, tablette et mobile sont pourvus, on entre dans une phase active de campagne de notoriété sur le nom, pour toucher plus de monde et fidéliser notre audience.
Début 2015, on passe à la commercialisation. On commencera à mettre de la pub à ce moment-là, quand on sera dans un espace fermé et que les lecteurs auront acheté un service. Et la pub sera très “quali” : pas de bannière intrusive, on veut par exemples de petit clip qui ressemblent à du cinéma.”

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Posted by Sophie Wiessler

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