Un exemple venu tout droit du Québec

C’est à Montréal, au Québec que se trouve, à l’heure actuelle, l’exemple numéro un à suivre de la presse sur tablette. Son nom ? « La Presse + ». Lancée en avril 2013, cette application compte aujourd’hui plus de 565 000 téléchargements… Tour d’horizon.

C’est en 2010 que Guy Crevier, patron du groupe Gesca Limitée, décide de tout miser sur la tablette. 26 millions d’euros, 200 journalistes et développeurs – 100 personnes à la technique, 40 vidéastes, 60 journalistes à la rédaction – pour un objectif final : un journal 100% tablette en 2013. Une véritable révolution dans la profession qui n’avait alors jamais réussi le pari de réaliser un quotidien 100% sur tablette.

Bien que les ventes du journal papier « La Presse » soient toujours au beau fixe, avec plus de 200 000 exemplaires vendus quotidiennement, le groupe souhaite  se renouveler et faire de la tablette leur moteur principal. Un véritable challenge. Et c’est le 18 avril 2013 que La Presse + est lancée. Les contenus sont alors d’abord pensés pour la tablette et peuvent ensuite être repris par le journal papier. Une vraie révolution. L’accent est mis sur le visuel : les photos sont mises en avant, plusieurs interactions sont possibles pour le lecteur, – mais pas de manière intrusive, celui-ci pouvant choisir s’il veut interagir ou non – la navigation reste simple et le contenu peut être visible même hors connexion.

L’application est pourtant gratuite alors que le journal « La Presse » est lui payant. Une démarche volontaire de la part du groupe qui pousse ces lecteurs à se désabonner du journal papier pour passer sur la tablette. « Ils ont signé eux-même l’arrêt de mort de leur journal papier » souligne Pierre-Laurent Mazars, rédacteur en chef de l’édition iPad du JDD, lors de notre rencontre à Paris en janvier dernier. Pourtant, 18 mois après son lancement, ce sont plus de 565 000 téléchargements de l’application « La Presse + » qui ont été recensés. Alors comment le groupe fait-il pour survivre ?

La publicité, au cœur de la stratégie du journal

A nouveau, la Presse + joue sur l’innovation. La météo indique qu’il pleut ? Hop, une publicité pour des bottes apparaît sur l’écran de la tablette. En effet, les publicités de la Presse + sont interactives. Pour ne pas « emprisonner » le lecteur, ou le frustrer avec des publicités trop envahissantes. Tout est fait pour amuser le lecteur. Il peut décider à tout moment de jouer une publicité ou de l’ignorer. Comme dans les exemples ci-dessous, où le lecteur peut décider de « lever le rideau », d’« enlever la neige » ou encore de cliquer sur « + , à voir » si il souhaite accéder à la publicité.

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Une nouvelle façon de faire du journalisme

Le métier de journaliste est ici totalement repensé. Même si la ligne éditoriale du journal reste la même – de l’info locale, nationale et internationale – la façon de produire des contenus changent radicalement. Il faut inventer de nouveaux formats : le fond et la forme doivent être pensés en même temps, en amont, ou du moins, sur le terrain. Alexandre Sirois, responsable de l’édition « Monde » au sein de La Presse, explique à Cyril Petit et Vincent Mas ce que cela implique dans son travail : « J’allais sur le terrain avec les reporters pour réfléchir avec eux à la meilleure façon de raconter ce qui se passait. Fallait-il plutôt une vidéo, un texte long, une corde à linge ? Il nous a fallu apprendre de nouvelles règles de lecture et d’écriture. Inventer de nouveaux formats au fur et à mesure. » Et Guy Crevier de confirmer ces propos en ajoutant que « la rédaction a du remettre toute sa pratique en question, et elle est parvenue à le faire. »

Alors, cette nouvelle façon de faire du journalisme va-t-elle s’importer en France ? Rien n’est moins sûr. Cyril Petit s’est d’ailleurs penché sur la question à travers cet article que je vous invite à consulter.

Posted by Sophie Wiessler

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